Jimmy Mvondo Mvélé, en sax et sans pseudos

Musicien aux identités et aux registres aussi multiples qu’inattendus, le saxophoniste camerounais Jimmy Mvondo Mvélé souffle et chante sur son album Comment ça va ? (C’est la crise) qui se distingue par son côté résolument moderne, tout en tirant profit d’une expérience indéniable acquise auprès de nombreux artistes en plus de trois décennies.

 

 

Pour tomber sur son nom, il suffit bien souvent de prendre un CD, ou autrefois un vinyle, d’un chanteur d’Afrique francophone subsaharienne et de chercher du côté du livret ou de retourner la pochette : “Sax : Jimmy Mvondo”. Dans l’ordre ou dans le désordre, ces trois mots sont presque devenus une marque, une référence. De Love and Ka Dance, avec lequel Kassav‘ a débuté sa révolution zouk en 1979, à Droit chemin, qui a fait la réputation de l’ambianceur congolais Fally Ipupa sur le continent africain, 27 ans plus tard, Jimmy était là, seul ou avec la section de cuivres qu’il avait constituée.
Longtemps, Jimmy a eu dans l’idée que son album serait entièrement instrumental, avant d’admettre qu’il a « eu peur » parce que « c’est compliqué à promotionner« , en particulier auprès du public africain.« Et comme je ne m’appelle pas encore Manu Dibango » Il a donc introduit quelques titres qu’il chante lui-même, comme Hello Mbolo,Remember ou encore la chanson qui a servi à baptiser le disque, conçue peu de temps avant de boucler le projet, ces derniers mois. Elle reflète l’état d’esprit que je voulais donner à l’album, assure son auteur, arrivé en France en 1976 et qui s’amuse, dans un dialogue imaginaire trans-Méditerranée, à souligner la différence de compréhension que suscite le seul concept de crise économique.Alors, quand il a lancé les invitations pour enrichir les parfums des morceaux de son album Comment ça va ? (C’est la crise), qu’il avait préparés tout seul en privilégiant les programmations, le quinquagénaire camerounais avait l’embarras du choix. Mais il a préféré s’adresser à quelques-uns de ceux avec lesquels il a fait un bout de chemin conséquent au cours des décennies passées, à l’image du guitariste Syran Mbenza et du chanteur Nyboma Mwan Dido, deux membres de la formation rumba revival Kekele. Au début des années 80, il était parti avec eux et le reste du groupe Quatre Etoiles tenter sa chance aux États-Unis.

 

Du côté des Antilles
Le disque du duo était sorti sur le label de l’Antillais Eddy Gustave, car « à l’époque, il n’y avait pas de frontières entre la musique africaine et la musique antillaise. C’étaient les mêmes musiciens qui faisaient les séances en studio« , explique Jimmy. Il en reste des traces concrètes sur son album, lui qui a passé pas mal de temps avec Jacob Desvarieux à la fin des années 70, d’abord à Marseille où il était venu pour accompagner le chanteur afro tout-terrain John Ozila, avant de monter ensemble les groupes Kasak, puis Zulu Gang.Si l’orientation dancefloor qu’il lui donne sur le plan musical peut surprendre, un détour en toute fin de CD par Samedi Super rappelle que l’intention n’est pas nouvelle chez le saxophoniste qui a tenu à réutiliser ce morceau, signé Jimmy & Fredo, avec lequel il avait eu un beau succès au Cameroun au milieu des années 80 (les cuivres ne sont pas sans évoquer ceux sur Yeke Yeke, dont la version originale fut enregistrée à Paris également à peu près à la même période par Mory Kante).

Avec Comment ça va ? (c’est la crise), le saxophoniste qui a fait son apprentissage dans un collège de missionnaires de Yaoundé a surtout voulu « prendre le risque de signer quelque chose de [son] vrai nom« . Quitter ses costumes qu’il a enfilés pendant de longues années sur un grand nombre de compilations d’ambiance, de lounge music, sans rapport avec l’univers musical africain, « sous des pseudonymes en veux-tu en voilà, rigole-t-il. Les grands standards de jazz interprétés en 2010 par Terry Dexter sur Sax Lounge Emotion, c’est lui ! Sax & The City du très prolifique Mondo Wells ? C’est aussi lui ! Ou encore cet étonnant Junior Dupont poussant à l’extrême l’anonymat avec une version sax de Diana, un succès de Paul Anka !

 

Jimmy Mvondo Mvélé – Comment ça va ( C’est la crise )

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