DIPLOMATIE/ Les USA et Cuba rétablissent leurs échanges postaux après 52 ans d’arrêt

Les Etats-Unis et Cuba ont rétabli leurs échanges postaux directs, interrompus il y a plus d’un demi-siècle, a annoncé vendredi le ministère des Affaires étrangères cubain.

Cette annonce intervient quelques jours avant le premier anniversaire du dégel historique entre les deux pays. Le « projet pilote » va prendre effet « dans les prochaines semaines et sera mis en place de façon permanente dans le futur », a précisé le ministère dans un communiqué.

Raul Castro et Barack Obama ont ouvert ainsi une nouvelle ère dans les relations souvent troublées entre Cuba et les Etats-Unis,lors du Sommet des Amériques de Panama .

Dans la foulée de l’annonce de leur rapprochement mi-décembre, les présidents américain et cubain ont d’abord enterré les derniers vestiges de la Guerre froide avec une rencontre pleine de cordialité qui n’avait pas connu de précédent depuis 1956 entre des chefs d’Etat des deux pays.

Castro et Obama assis à la même table: un événement historique

Castro et Obama

Castro et Obama

C’était trois ans avant la révolution castriste qui allait faire basculer Washington et La Havane dans un antagonisme radical. A cette époque, l’actuel président américain, 53 ans, n’était pas encore né. « Le changement de politique (américaine) envers Cuba marque un avant et un après dans l’hémisphère (…) Le fait que le président Castro et moi soyons assis ici aujourd’hui représente un évènement historique », a déclaré M. Obama dans son discours devant une trentaine de chefs d’Etat. Cette rencontre a aussi marqué le grand retour de Cuba au sein des grand-messes américaines, dont La Havane était écartée depuis leur création en 1994. Un évènement qui aura ses conséquences dans les relations continentales, même si les désaccords restent nombreux entre les deux vieux ennemis.

« La fin du fantôme de Cuba »

« Cette rencontre était incroyablement importante. Elle a tout le potentiel pour faire bouger des lignes fondamentales pour l’amélioration des relations » entre les deux hémisphères, relève Joy Olson, du groupe de réflexion Bureau de Washington sur l’Amérique latine (WOLA). Selon Barack Obama, le rapprochement entre Washington et La Havane marque « un tournant » pour les Amériques. « Les relations entre les Etats-Unis et l’Amérique latine sont différentes à partir de maintenant », abonde Santiago Canton, responsable du centre Robert F. Kennedy pour la justice et les droits de l’Homme. « Le fantôme de Cuba était présent dans toutes les relations bilatérales et multilatérales entre les Etats-Unis et l’Amérique latine. Et à partir de maintenant ce fantôme a disparu », explique l’expert, tout en espérant qu’il ne sera pas remplacé par un autre. « Souhaitons que ce ne sera pas le Venezuela », dit l’expert.

Obama s’efforce de calmer les relations avec le Venezuela »

Le dossier vénézuélien faisait planer une menace sur ce sommet, mais le président Obama s’est aussi efforcé de le désamorcer. Constatant la mobilisation de nombreux pays latino-américains derrière Caracas au moment de la prise de sanctions par Washington, assorties d’une maladroite qualification de « menace pour la sécurité » des Etats-Unis, Barack Obama a su limiter les dégâts pendant ces 48 heures panaméennes. Après avoir dépêché cette semaine un envoyé spécial auprès de M. Maduro, il a tout fait pour ne pas trop s’exposer aux critiques devant les autres chefs d’Etat. Vendredi, il a d’abord assuré que le Venezuela ne représentait pas vraiment de menace pour la sécurité de son pays. Et samedi, il s’est judicieusement éclipsé de la table ronde avant le discours du président vénézuélien, qui avait annoncé son intention de faire un « coup »médiatique en lui remettant une pétition d’une dizaine de millions de signatures contre ce décret.

« Soutenir la démocratie »

Ensuite, M. Obama a pu s’entretenir en coulisses avec M. Maduro pour un échange inédit au cours duquel il a assuré que l’intérêt des Etats-Unis « n’est pas de menacer le Venezuela mais de soutenir la démocratie, la stabilité et la prospérité au Venezuela et dans la région », selon la Maison Blanche. « Quand il y a un dialogue, c’est toujours une bonne chose », estime Joy Olson, même si le discours de Maduro illustre le fait que « le conflit avec les Etats-Unis est une solution facile pour détourner l’attention d’autre graves problèmes au Venezuela ».

Une ère nouvelle dans les relations entre les Etats-Unis et l’Amérique latine

Avec ce sommet, M. Obama s’est donc offert un nouveau départ, mais les experts jugent que beaucoup reste à faire pour reconquérir une place privilégiée dans l’ancien pré carré américain. « L’histoire de l’Amérique latine ne se retourne pas en une rencontre, comme l’illustrent les discours de M. Maduro et de (la présidente argentine Cristina) Kirchner », explique encore Mme Olson. Selon elle, ce sommet ne portera ses fruits qu’au prix d’« un effort prolongé » de la diplomatie américaine. une nouvelle ère dans les relations souvent troublées entre son pays et l’Amérique latine, estiment plusieurs analystes.

O.France

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