DOSSIERS/ Les hommes et le Pouvoir: Pourquoi le nom de François Mitterrand est-il cité lorsqu’on parle de la mort de Thomas Sankara?

L'Assemblée Générale de l'OUA

L’AFRIQUE, EST-IL UN CONTINENT INSTABLE ET PAUVRE COMME LE LAISSE CROIRE CERTAINS RÉCITS? 

      Jean Pierre Etaban     Journaliste Indépendant

Jean Pierre Etaban
Journaliste Indépendant

Au lendemain des indépendances de l’Afrique, les pays du continent vivent au gré des changements brusques parfois marqués  par l’effusion de sang ou d’humiliations de toutes sortes. Certains pays ont été très souvent le berceau des coups de théâtre prémédités qui parfois suscitent des réactions telles-que liesse, soulagement, déception, stupeur, indignation, horreur. Et tous les auteurs parlent de libération après chaque coup d’Etat.

Qu’en est-il exactement?

Quatre scénarios presque identiques, des événements marquants ont retenu le plus d’attention par son caractère désolant d’un continent en perdition et qui s’inscrit négativement dans la mémoire de intelligentsia africaine L’histoire de l’Afrique indépendante mérite elle la place qu’on lui donne ou faut-il véritablement reconstituer les vraies mémoires de l’histoire pour mieux comprendre les rôles qu’ont joués Sylvanus Olympio au Togo, Hailé Sélassié en Ethiopie, Jean Bedel Bokassa en Centrafrique ou Thomas Sankara au Burkina faso?

- Le 13 janvier 1963 au Togo: Sylvanus Olympio, père de l’indépendance abattu

Sylvanus Olympio un jeune intellectuel parlant six langues, métis de sang à la fois Brésilien, nigérien et togolais est le tout premier ministre du Togo. Lorsqu’en  1960, la France obtient le protectorat et le droit de disposer du destin de ce pays auparavant colonie Allemande au même titre que le Cameroun et le Rwanda,  Sylvanus Olympio est perçu comme le prétendant naturel à la présidence de la toute jeune République du Togo.  Une fois au pouvoir ce jeune intellectuel a trop vite fait d’afficher ses ambitions. IL diversifia des partenaires économiques et financiers en tournant le dos à la France u point d’envisager la sortie de son pays de la zone franc pour une monnaie nationale.

Sylvanus Olympio l'Ex Président Togolais

Sylvanus Olympio l’Ex Président Togolais assassiné…

Les Francais cherchaient un prétexte pour le chasser du pouvoir. C’est alors que Sylvanus Olympio en 1962 eut la maladresse de ne pas réintégrer dans la petite armée togolaise, un groupe de soldats tirailleurs togolais ayant combattu pour la France en Algérie. Cette imprudence servira de prétexte pour sa déchéance.

Dans la nuit du 12 au 13 janvier 63, un certain Etienne Eyadema Gnassingbé à la tête d’un groupe bien armé, mena une insurrection prenant d’assaut le palais du président. Alerté, Olympio  se réfugie dans la cour de l’ambassade américaine juste en face sa résidence. Les Américains refusent de le protéger. Sylvanus Olympio en est délogé par les putschistes et tué. C’est la fin de règne de Sylvanus Olympio et le début de celui du Sergent-Chef Gnassingbé Eyadema après un passage éclair de son beau frère Nicolas Grunitzky à la présidence.

- Le 12 septembre 1974 c’est la disgrâce de l’empereur Haïlé Sélassié 1er d’Ethiopie

Haïlé Sélassié 1er Empereur d'Ethiopie

Haïlé Sélassié 1er Empereur d’Ethiopie

En 1928 Haïlé Sélassié 1er gouverne l’Ethiopie. Couronné «Négus Negest» (roi des rois en langue Amharique dont il créa une écriture qui résiste aujourd’hui à la bourrasque de l’acculturation) en 1930. En 1936, il est contraint à l’exil à la suite de l’invasion des troupes fascistes Mussoliniennes  venues de l’Italie . En 1941, il reconquiert le pays et chasse le colon Italien. Pendant plusieurs années on le considère comme le «sage de l’OUA», l’Organisation de l’Unité Africaine créée en 1963 avec siège dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba dont il est initiateur. Un jour de septembre 1974, un comité militaire marxiste dirigé par un proche parent Mengistu Hailé Mariam prend le pouvoir. L’empereur Haïlé Sélassié 1er est emprisonné et tué avant douze mois. La monarchie est abolie.

Pour bon nombre d’Ethiopiens et tous les «rastafari» du monde, le Négus (roi) était une divinité: «Seigneur des Seigneurs», «Lion conquérant de la Tribu de Juda»«Lumière du Monde», ou encore «Élu de Dieu.» Bref, le véritable messie pour ses adeptes.

- Le 20 septembre 1979 Jean-Bedel Bokassa, le Président Centrafrique est déchu

Jean Bedel Bokassa était un chef d’Etat qui rêvait d’un statut impérial. Le 4 décembre 1977, avec l’approbation de Giscard D’Estaing , Jean-Bedel Bokassa décide de faire de son rêve une réalité en s’autoproclamant «Empereur de Centrafrique.»

Jean Bedel Bokassa et son tombeur Valérie Giscard D'Estaing

Jean Bedel Bokassa et son tombeur Valérie Giscard D’Estaing

 

Bokassa était  un homme du peuple à son accession au pouvoir par un coup d’Etat en 1965. Ancien officier supérieur de l’armée française, décoré de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre pour ses faits d’armes durant les guerres mondiale (seconde), d’Indochine et d’Algérie, Bokassa se veut réformateur. En 1979,  Jean Bedel Bokassa fait réprimer dans le sang une simple manifestation de lycéens et dévient impopulaire. . On l’accuse même d’anthropophagie à cette occasion, réputation tenace qui lui valut le sobriquet d’«Ogre de Berengo».

Cette même année, plus précisément le 21 septembre 1979, alors qu’il est en visite en Libye, Jean Bedel Bokassa  est renversé par les services secrets français lors de l’opération «Barracuda» sous ordre du Président Giscard D’Estaing. A sa place, on installe son prédécesseur et cousin David Dacko qui rétablit la République.

Condamné à mort en 1987, puis à la prison à vie, il est finalement gracié. 14 ans après son décès, en 1996, il est «réhabilité dans tous ses droits» par le président, François Bozizé son ancien aide de camp.

- Le 15 octobre 1987, le Président du Burkina Faso Thomas Sankara est assassiné

Thomas Isodore Sankara est né en 1949, il est un capitaine de l’armée voltaïque qui a étudié au Cameroun avant le début des années 80. Sa conception politique très adaptée et dominée par l’idéologie marxisme, lui permet d’exercer un leadership idéologique sur la nouvelle génération d’officiers. Désigné Premier ministre Thomas Isodore Sankara est incontrôlable. Déjà, il dérange les Français qui d’une manière détournés réclament sa tête. La nouvelle de sa mise aux arrêts en mai 1983 plonge Ouagadougou dans un climat quasi insurrectionnel.

Le Panafricaniste Thomas Sankara

Le Panafricaniste Thomas Sankara

Libéré par ses camarades d’armes à l’occurrence son bras droit et numéro deux,ous deux sortis de la même Ecole Militaire Inter-Arme(EMIA) au Cameroun, Sankara prend le pouvoir. La révolution démocratique et populaire est proclamée. Des initiatives audacieuses sont prises. Les résultats probants. En Novembre 1946 Thomas  Sankara profite de la visite du Président François Mitterand pour l’invité à planter un arbre pour la postérité. Ce dernier n’a pas manqué de l’affronter verbalement. Comme si le temps était précieux Thomas Sankara rebaptise le pays Burkina Faso, la «patrie des hommes intègres.» à la place de Haute Volta nom attribué à la veille des indépendances. Dans l’après-midi du 15 octobre 87, des hommes investissent l’état-major du Conseil national de la révolution, où le président Thomas Sankara est en réunion. Entendant les tirs, Sankara rassure ses camarades apeurés: «Restez-là, c’est moi qu’ils veulent!». Les mains en l’air, le capitaine sort. Il est aussitôt criblé de balles. Son corps, enterré à la hâte, avec ceux de ses 12 compagnons d’infortune. Partout sur le continent la nouvelle est connue, la jeunesse Africaine inspirée par le modèle Thomas Isodore Sankara s’indigne. Au Cameroun, la rue pleure. l’Afrique vient de perdre un libérateur. Un homme intègre qui avait une autre vision de l’émancipation de l’Afrique. Que pouvons retenir du rôle joué par François Mitterand dans l’assassinat de Thomas Sankara?

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