Les Memoires/ Le Livre qui libère le cœur meurtri d’une mère… Aurélie Monkam préfère délivrer un message d’apaisement.

Les Pleurs de la maman de Kevin Noubissi inscrites dans un ouvrages

 

LIVRE – Dans « Le ventre arraché », Aurélie Monkam-Noubissi raconte comment elle tente de surmonter le lynchage de son fils le 28 septembre 2012, près de Grenoble. Sans céder à la haine ou à la violence, elle préfère délivrer un message d’apaisement. Poignant.

« Il me fallait donner un sens à ma douleur. » Aurélie Monkam-Noubissi, la mère de Kévin, l’un desdeux jeunes hommes lynchés le 28 septembre 2012 à Échirolles (Isère), a utilisé l’écriture comme thérapie. Ce soir-là, son fils et son ami Sofiane, 21 ans tous les deux, sont sauvagement assassinés dans le parc Maurice-Thorez par une bande, venue du quartier voisin de la Villeneuve, à Grenoble. Ce terrible fait divers avait bouleversé la France, si bien que le président de la République François Hollande ainsi que Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, s’étaient rendus sur place.

Noubissi 5Ce drame, Aurélie Monkam-Noubissi, pédiatre de 55 ans, le couche dans un livre, intitulé Le ventre arraché (Ed.Bayard, 190 pages, 16 euros). « J’ai toujours écrit, je tiens par exemple un journal intime depuis longtemps. Ce qui a été difficile, c’est d’en comprendre les circonstances, d’avoir des réponses, car il y a encore beaucoup d’interrogations« , nous confie cette pédiatre camerounaise de 55 ans, arrivée en France alors qu’elle n’en avait que 17.

Pour quelles raisons, en effet, les deux jeunes garçons ont été pris à partie avec une telle violence ? Kévin, étudiant en master de management, avait reçu huit coups de couteau, dont un mortel au poumon. Sofiane, éducateur, avait été poignardé une trentaine de fois et frappé au crâne avec un marteau.

« Comme si c’était un jeu »

Marche blanche pour le soutien à la Famille Noubissi

Marche blanche pour le soutien à la Famille Noubissi

« Il n’y a aucune mesure entre le motif initial, qui était le mauvais regard, et le déferlement de violence qui a suivi », lance Aurélie Monkam-Noubissi. Elle écrit : « Ils ont tué comme si c’était un jeu – un jeu collectif -, un jeu pervers, où les frontières du réel et du virtuel se confondent, comme s’ils se trouvaient dans un jeu vidéo où l’on peut ‘rejouer’, ou dans un film que l’on peut rembobiner. »
Avant que son récit soit publié, Aurélie Monkam-Noubissi en a bien entendu parlé avec la famille de Sofiane, qu’elle ne connaissait pas avant le drame. « Cela nous a rapprochés, soudés, et unis pour la vie. Je leur ai soumis le manuscrit.  Ils n’ont rien ajouté. Je crois qu’ils respectent ma démarche. »

« La haine est un poison »

Dans son livre, la « mère désenfantée », comme elle se nomme elle-même, a avant tout souhaité délivrer « message d’apaisement », pour « dire qu’on n’est pas obligé de répondre à la violence par la violence ». « La colère, on l’a. Quand on a vu les corps, c’était anéantissant, horrible. Mais elle peut se muer en autre chose que ce poison qu’est la haine. J’ai déjà le mal de l’absence de mon fils, de cette violence qui m’est renvoyée au visage. Cela suffit », lâche-t-elle, très émue.

Le procès des assassins présumés de Kévin et Sofiane aura lieu au printemps 2015. Quinze personnes ont été mises en en examen dans cette affaire, et dix sont encore écrouées. « J’ai confiance en la justice de la République. Il faut que la peine soit exemplaire. Le procès ne m’aidera pas du tout à faire mon deuil, affirme-t-elle. J’espère qu’il sera au moins utile aux jeunes qui ont fait ça, pour qu’ils prennent conscience de la gravité de leur acte. Pour l’instant, ils sont dans le déni total. »Noubissi 2
« Extérioriser sa douleur évite d’autres sentiments destructeurs », confie-t-elle. Quand Aurélie ­Monkam-Noubissi, 55 ans, nous raconte son fils, le mot « hémorragie » et l’image du corps de Kevin lardé de coups de couteaux déclenchent aussi ses larmes. Elle dit : « Il était musclé. Ils ont enfoncé une lame de 18 cm dans son thorax. Quelle force il a fallu ! » « Sans haine pour ses agresseurs », sa souffrance demeure. Kevin Noubissi, dont le portrait souriant trône dans son salon, avait 21 ans. Il était étudiant à Aix-en-­Provence, licencié en administration des entreprises. Il est mort le 28 septembre 2012, aux côtés de Sofiane, un voisin…

 

Authors
Top